ISF – Facteur de correction (Insulin Sensitivity Factor)
Aussi appelé : facteur correction insuline, ISF, sensibilité insuline, insulin sensitivity factor, correction hyperglycémie calcul
📌 En bref
L'ISF (Insulin Sensitivity Factor) est la baisse de glycémie en g/L provoquée par une unité d'insuline rapide. Si votre ISF est 0,50, cela signifie qu'une unité d'insuline fait baisser votre glycémie de 0,50 g/L. C'est le paramètre fondamental pour calculer les bolus correctifs.
Définition
L'ISF est la deuxième clé maîtresse de l'insulinothérapie fonctionnelle après l'ICR. Là où l'ICR détermine combien d'insuline pour couvrir un repas, l'ISF détermine combien d'insuline pour corriger une hyperglycémie. La formule de correction est simple : (glycémie actuelle – glycémie cible) ÷ ISF = unités à injecter. Exemple avec ISF = 0,50 g/L/U : glycémie à 2,50 g/L, cible à 1,10 g/L → correction = (2,50 – 1,10) ÷ 0,50 = 2,8 unités. Sans oublier de soustraire l'IOB pour éviter le surdosage.
Mécanisme & physiopathologie
L'ISF varie selon l'heure de la journée pour les mêmes raisons que l'ICR : la résistance à l'insuline est plus élevée le matin (cortisol, GH) et moindre en milieu d'après-midi. Un ISF de 0,35 g/L le matin et de 0,55 g/L l'après-midi pour le même patient n'est pas rare. La formule d'estimation initiale est la règle de 1700 : ISF (en mg/dL) = 1700 ÷ TDD, soit ISF (en g/L) = 17 ÷ TDD. Exemple : TDD = 40 UI → ISF = 17 ÷ 40 = 0,43 g/L par unité d'insuline. Cette valeur est un point de départ à affiner expérimentalement.
Données & statistiques clés
Un ISF trop bas (sous-estimé) entraîne des corrections insuffisantes et des hyperglycémies persistantes. Un ISF trop élevé (surestimé) provoque des corrections excessives et des hypoglycémies. Une erreur de 0,10 g/L sur l'ISF représente une variation de 1 à 2 unités d'insuline pour une correction standard — soit une variation glycémique de 0,50 à 1,00 g/L. C'est pourquoi les systèmes AID qui ajustent automatiquement les corrections toutes les 5 minutes surpassent les corrections manuelles : ils compensent en temps réel les variations de l'ISF.
Au quotidien avec le DT1
Pour tester votre ISF en conditions réelles : choisissez un moment où votre glycémie est stable (flèche horizontale sur le CGM), où vous n'avez pas mangé depuis au moins 3 heures, et où vous n'avez pas fait d'effort physique récent. Injectez une dose de correction selon votre ISF actuel et observez la descente sur votre CGM durant 3 heures. La baisse réelle observée ÷ la dose injectée = votre ISF mesuré. Si la baisse est de 0,40 g/L pour 1 unité, votre ISF est de 0,40. Répétez le test 2 à 3 fois pour confirmer.
✅ Le premier outil de diagnostic que j'utilise quand un patient me dit 'mes corrections ne marchent pas bien' : je vérifie son ISF. Très souvent, il n'a pas été révisé depuis des mois alors que la situation a changé (poids, activité, saison). Dans ma pratique, un ISF qui ne correspond plus à la réalité est l'une des premières causes d'hyperglycémies persistantes malgré des corrections répétées — c'est le fameux 'rage bolus'. Avant d'accumuler les doses, vérifiez votre ISF.
❓ Questions fréquentes
1 Quelle est la différence entre ISF et ICR ?
L'ICR répond à la question 'combien d'insuline pour couvrir ce repas ?' — il se calcule à partir des glucides ingérés. L'ISF répond à la question 'combien d'insuline pour corriger cette hyperglycémie ?' — il se calcule à partir de l'écart entre la glycémie actuelle et la cible. Les deux sont nécessaires pour une gestion optimale du DT1. Un bolus repas complet combine souvent les deux : bolus prandial (calculé avec l'ICR) + bolus correctif si la glycémie pré-prandiale est au-dessus de la cible (calculé avec l'ISF), moins l'IOB.
2 Mon ISF peut-il changer pendant la nuit ?
Oui. La sensibilité à l'insuline varie sur 24 heures et la nuit ne fait pas exception. Entre minuit et 3h du matin, la sensibilité est souvent maximale (ISF le plus élevé) — c'est pourquoi les corrections nocturnes sont à la fois les plus efficaces et les plus risquées. Entre 4h et 8h, l'effet de l'aube réduit la sensibilité (ISF plus bas). Les systèmes AID gèrent automatiquement ces variations nocturnes en ajustant toutes les 5 minutes. En multi-injections, c'est l'une des raisons pour lesquelles les corrections nocturnes doivent être prudentes et basées sur une observation attentive de la courbe CGM.
📚 Sources
Walsh J., Roberts R. — Pumping Insulin 6th Edition | ADA — Standards of Medical Care in Diabetes 2024